• J’ai une petite surprise pour toi, indique la femme en se levant.
  • Tu me quittes ?, demande Pierre taquin.
  • Pas encore. D’abord je vais aux toilettes. Et quand je reviendrai, tu pourras t’amuser avec ça, lui dit-elle en glissant une petite télécommande noire devant lui.
  • Non… Tu n’as pas fait ça ?
  • Je t’ai dit que j’avais envie de m’amuser ce soir. Laisse-moi le temps de le mettre en place et ma félicité sexuelle sera entre tes mains.
  • Tu as changé les piles ?
  • Oui ! Et j’ai déjà testé, ça fonctionne à merveille. Je reviens, dit-elle en s’éloignant de la table.
  • J’ai pas compris. Elle va faire quoi ?, me coupe Violette.
  • Comment ça elle va faire quoi ? Elle va aux toilettes, pardi.
  • Non, je veux dire, pour faire quoi ?
  • Ben… Ce qu’on fait aux toilettes. Je ne vais pas vous faire un dessin.
  • Mais c’est quoi cette histoire de télécommande ?
  • Aaaah ! Pardon, j’ai oublié à qui j’avais affaire. Evidemment que vous ne pouvez pas comprendre. C’est un gode.
  • Télécommandé.
  • Ne me dites pas que vous ne savez pas ce que c’est !
  • Si, bien sûr que si…
  • Mais ?
  • Mais moi, je n’y crois pas une seconde.
  • Et pourquoi pas ?
  • Parce qu’elle ne va pas faire ça au resto !
  • Et pourquoi pas ?
  • Parce que ça ne se fait pas…
  • Et pourquoi pas ?
  • Parce que c’est dégueulasse !
  • Vous n’êtes peut-être pas pucelle, mais vous avez des réactions de pucelle je trouve.
  • Pas du tout ! Qui va au restaurant avec un truc comme ça ?
  • Moi.
  • Pardon ?, me demande Violette proche de s’étrangler.
  • Moi.
  • Vous en avez un là ?
  • Oui et non…
  • Comment ça oui et non ? C’est oui ou c’est non. Sauf si…
  • Sauf si ?
  • Sauf si… Il est à moitié dedans ?
  • N’importe quoi ! Je suis assise sur une chaise, comment voulez-vous qu’il sorte ? A moins que notre anato-mie soit totalement différente, c’est physiologiquement impossible.
  • Alors vous en avez un, oui ou non ?
  • Ben oui j’en ai un, mais non il n’est pas électrique.
  • Vous voulez dire que pendant que vous me parlez, vous avez un truc dans votre… dans le… dans la…
  • Dans là. Oui. Et alors ?
  • Donc vous êtes obligée d’être contractée tout le temps ?
  • Ben non, quand je suis assise, pas besoin. C’est physique. Et si je fais la colonne droite non plus, d’ailleurs. Ne faites pas votre mijaurée, vous avez bien serré les fesses la moitié du repas.
  • Mais qu’est-ce que c’est encore que ces foutaises ?, s’énerve Violette
  • Rien, laissez tomber, elle revient.
  • Je maintiens : c’est loufoque.
  • Ce n’est pas loufoque, c’est érotique ! Et je n’ai pas de leçons à recevoir d’une pucelle qui s’est faite trompée par son mec.
  • C’est la plus grosse connerie que j’ai jamais entendue.
  • Oh la barbe, vous me fatiguez. Laissez-moi continuer d’imaginer leur histoire et taisez-vous ! Donc la femme revient et dit en s’assayant :
  • Voilà, c’est bon. A toi de jouer.
  • Tu vas le regretter, susurre l’homme.
  • J’y compte bien, répond la femme langoureusem…
  • Non, mais c’est n’importe quoi ! s’insurge Violette.
  • Arrêtez de m’interrompre !
  • Mais je suis obligée de vous interrompre, c’est n’importe quoi !
  • Alors, allez-y ! Inventez-moi donc une histoire qui tienne debout.
  • Euh…
  • Ah ben vous voyez ? Vous en êtes incapable et après, vous critiquez mes idées.
  • Ok, donc elle vient de revenir des toilettes. Après avoir uriné, et seulement uriné. Et euh… Elle s’assoit. Elle sourit… Boit une gorgée. Avale.
  • Eh ben dis donc, on s’éclate avec vous.
  • Elle regarde son compagnon et lui demande s’il a passé une bonne journée… Et euh… Et voilà quoi. Bon, ok… C’est pas facile comme exercice en réalité.
  • Surtout quand on est inexpérimentée, murmuré-je.
  • J’hésite entre boire. Beaucoup. Ou partir.
  • Buvez !

Nous observons le couple avec attention. Il semble papoter, innocemment. Seules les faibles secousses qui par-courent le corps de la femme viennent accréditer mon postulat.

  • Regardez, le serveur leur apporte leur entrée, dis-je à Violette.
  • Vous croyez qu’il laisse l’appareil allumé pendant ce temps ?
  • Ah ben je veux, oui ! Ce serait dommage qu’il ne s’amuse pas un petit peu.
  • Non… Non, personne ne fait ça.
  • Regardez la femme ! Observez-la ! Vous avez vu comme ses mains sont crispées sur ses genoux ? Tout son corps est tendu. C’est d’une évidence absolue. Et regardez l’homme qui garde lui aussi les mains sous la table, à jouer avec sa petite télécommande.
  • J’avoue que c’est troublant… Votre théorie du dispositif vibratoire n’est peut-être pas totalement farfelue, finalement.
  • En réalité, on appelle ça un œuf.
  • Un œuf… Comme un œuf ?
  • Oui.
  • Comme un œuf de poule ?
  • Non, comme un œuf de bœuf, dis-je moqueuse.
  • Ca accrédite ma thèse.
  • Votre thèse ?
  • Ma thèse selon laquelle toutes les femmes ne vont pas au restaurant avec ça.
  • Je ne vous suis pas.
  • Ben… C’est un œuf de poule… De poule de luxe.
  • Vous me prenez pour une catin ?
  • Vous me prenez bien pour une pucelle… Et ce que vous avez ?
  • Ce que j’ai ?
  • Ca s’appelle comment ?
  • Des boules de Geisha.
  • Exotique.
  • Erotique, corrigé-je.
  • Ca marche comment ?
  • Ca marche quand on marche.
  • Vous me faites marcher.
  • Pas du tout.
  • C’est-à-dire ?
  • Quand on marche, les boules s’agitent.
  • Je devrais essayer, dit-elle songeuse.
  • Ben… Vous savez, Violette, c’est sympa en couple…
  • Violette ?
  • Ah oui, je ne vous ai pas dit ! C’est comme ça que je vous ai baptisée. Je trouve que ça vous correspond en tous points. Vous aimez ?
  • Beaucoup. C’est super poétique.
  • Ouais, enfin… Plus que poétique, c’est surtout candide et naïf.
  • Evidemment… C’est quoi votre prénom à vous ?
  • Adriana.
  • Plat.
  • Je vous le concède.
  • Et pas très drôle.
  • Pas le moins du monde. Je compense avec ma personnalité. Bon alors, vous vous appelez comment ?
  • Je ne suis pas sûre d’avoir envie de vous le dire, réplique Violette boudeuse.
  • Ah bon ?
  • Vous allez encore vous moquer.
  • Mais nooooon…
  • Et je trouve rigolo que vous m’appeliez Violette. Bref. Pourquoi ne pourrais-je pas tester les boules de Geis-ha ?
  • Vous changez de sujet !
  • Quelle perspicacité. Je disais donc, pourquoi ne pourrais-je pas tester des boules de Geisha ?
  • Pourquoi vous changez de sujet ?
  • Et vous, pourquoi vous ne répondez pas ?
  • Parce qu’après avoir porté ça toute la soirée, faut être sûre de se faire tringler. Alors c’est quoi votre pré-nom ?, je m’obstine à demander à Violette.
  • Vous parlez comme un homme.
  • Faut savoir, je suis une poule ou un homme ? C’est quoi votre prénom ?
  • Vous parlez de sexualité comme si vous étiez un homme. Très vulgaire.
  • Je parle plomberie. Et vous, vous êtes une pucelle rétrograde. Faut évoluer ma bichette.
  • Rester fleur bleue ne veut pas dire être rétrograde.
  • Vous n’êtes pas fleur bleue, vous êtes candide et naïve. Y a pas à tortiller du dard, Violette, c’est le prénom qu’il vous faut.
  • Nous sommes au moins d’accord là-dessus, à défaut d’être d’accord sur votre évidente vulgarité.
  • Je ne suis pas vulgaire, je suis réaliste. Tous les plombiers vous le diront : quand ils marchent, les boules s’agitent et pour la santé de vos tuyaux, faut les tringler régulièrement.
  • Vous êtes horrible !
  • Non, je suis pragmatique. Sinon, ça refoule. (Je souris.)
  • Et ça pue… (Je souris de toutes mes dents.)
  • Ca peut même se boucher… (Je suis morte de rire.)
  • Je ne suis plus sûre de vous suivre. Vous parlez… Tuyaux ? Ou tuyaux…
  • Tuyaux.
  • Mais euh…. Tuyaux anatomiques ?, me demande Violette hésitante.
  • Oh ! La pucelle parle sodomie ? On aura tout vu ! Bon, vous vous taisez maintenant ? On est en train de tout louper… Oh merde, regardez, on dirait qu’il y a un problème.
  • Qu’est-ce qui se passe ?
  • Ah ben elle a pas l’air à l’aise la nana, je m’amuse en regardant la femme.
  • Et le mec est mort de rire. C’est la télécommande qu’il secoue ?
  • On dirait bien.
  • Problème de pile ?
  • Normalement pas, elle les a changées.
  • Mauvaise connexion ?
  • Probable.
  • Et l’œuf est certainement encore allumé ! Ca lui fait mal ?, me demande Violette.
  • A votre avis ?
  • Euh…
  • Non, ça ne lui fait pas mal. Par contre, elle va avoir des fourmis si ça continue.
  • Vous êtes sûre ?
  • Oh oui ! Toute la fourmilière même !
  • Non, je veux dire, vous êtes sûre que ça ne lui fait pas mal ?
  • Catégorique.
  • Faut qu’elle l’enlève.
  • Certes.
  • Mais pourquoi il ne l’aide pas !
  • Que voulez-vous qu’il fasse pour elle ?
  • Autre chose que de rire bêtement ! La pauvre…
  • La pauvre ? Evidemment qu’il se moque d’elle, c’est cocasse !
  • Vous n’avez donc aucune empathie ?, s’étonne Violette ébahie.
  • Pour une poule qui a un œuf coincé dans le cloaque ? Pas du tout.
  • Vous êtes vraiment immonde.
  • Quoi ? Je parle plomberie, ça vous choque, je parle basse-cour, vous rougissez. Je ne sais plus quoi faire pour vous contenter ma chère.
  • Il lui suffit de retirer le sex-toy et le tour est joué !
  • Elle ne va quand même pas faire ça ici.
  • Et pourquoi pas ?
  • Non, mais vous êtes vraiment dérangée, vous ! Ou exhibitionniste.
  • Vous n’avez jamais glissé discrètement la main dans votre culotte ?
  • Bien sûr que non.
  • Eh ben c’est dommage, ça vous aurait évité de vous retrouver toute bête devant Jason.
  • Marc !
  • Si vous voulez… Donc devant Marc et de perdre votre string.
  • Vous le faites exprès ?
  • De quoi ?
  • Rien, laissez tomber, réplique Violette agacée.
  • Regardez, bim, main dans le pantalon.
  • Dingue… Jamais j’aurais osé, moi.
  • Sans blague.
  • Elle a l’air d’avoir de la peine à le sortir, s’amuse ma partenaire de tablée.
  • Elle veut peut-être juste l’éteindre.
  • Peut-être. Peut-être qu’elle cherche le bouton on-off.
  • Elle a pas l’air de le trouver.
  • Non ! Ca a l’air compliqué.
  • A mesure que nous observons la femme se dandiner sur sa chaise à la recherche du fameux bouton, Violette et moi commençons à rire. De plus en plus fort. Secouées de ricanements sonores et incontrôlables. Jusqu’au mo-ment où nous sommes, littéralement, écroulées sur la table. Car oui, malgré ce que peut bien penser ma nouvelle amie, la solidarité féminine est un mythe total. Foutaise. Bullshit ! Une baliverne inventée par un homme lamb-da pour justifier une saloperie qu’une nana lui avait faite. Comme si une femme ne pouvait pas, gratuitement, s’en prendre à un mec. Sans raison. Ou comment l’ego masculin a inventé la plus grosse connerie de tous les temps.
  • Serveur, je crie alors qu’il est à quelques mètres de moi, encore deux shots !
  • Je crois que c’est la meilleure soirée que je n’ai jamais passée.
  • Ah ben moi aussi !
  • Nous sommes tellement bruyantes que le couple finit par nous regarder. La femme lève la tête, la main toujours dans son pantalon, et l’homme se retourne.
  • Oh putain !, je m’exclame en arrêtant subitement de rire.
  • Quoi ?, me demande Violette.
  • C’est Pierre.
  • C’est qui Pierre ?
  • C’est mon plan cul !
  • Quoi ?
  • C’est mon plan cul ! Merde, je fais quoi ?
  • Vous me posez la question à moi ?
  • Je doute que sa femme apprécie que je lui pose la question, à elle. Alors oui, je vous la pose à vous.
  • Vous demandez à une pucelle fleur bleue de vous donner des conseils en matière de plan cul ?
  • Arrêtez de me chercher ! Sérieux, je fais quoi ?
  • Ben je sais pas ! Allez lui dire bonjour !
  • Bonjour ?
  • Rien ne vous empêche d’être polie.
  • Bonjour ?
  • Vous aurez en tous cas l’air moins con que de rester assise sur votre chaise à les observer.
  • Pas faux, je concède.
  • Surtout que maintenant, on ne va plus pouvoir continuer ce petit jeu.
  • Toujours pas faux.
  • On est grillées.
  • Comme des poulettes.
  • Vous m’agacez.
  • Pas tant que ça, sinon, vous seriez déjà partie.
  • Cassez-vous !, m’ordonne-t-elle.
  • Ok, j’y vais, dis-je en me levant.
  • Et c’est qui maintenant qui se retrouve avec des boules de Geisha qui s’agitent, mais sans plombier ?, chu-chote Violette alors que je marche en direction de la table de Pierre.
  • Touché, je lui réponds amusée.

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